
Oui, pour devenir ami, il faut la fumée de la poudre !
Trois fois les amis sont unis :
Frères devant la misère,
égaux devant l’ennemi,
libres devant la mort !

Les rêves eugéniques ont un lourd passé politique. C’est pourquoi il me semble qu’à l’avenir on se dirigera plutôt vers un " eugénisme libéral ". J’entends par là une pratique qui permettrait aux parents projetant d’avoir un enfant de choisir pour lui, parmi une offre de modèles génétiques, les caractéristiques, dispositions et capacités auxquelles ils tiennent le plus. On ne sait, pour l’instant, si un tel " article de consommation " existera jamais. L’épineuse question de la portée et de la précision que pourront avoir les interventions sur le génome humain divise les experts eux-mêmes et reste à ce jour sans réponse. Mais l’expérience prouve que bien des choses qui semblaient, il y a peu encore, relever de la science-fiction ont été, et de loin, dépassés par la réalité, en particulier dans le domaine de la médecine de la reproduction. Cela devrait nous inciter à être prudents. Je n’ai naturellement rien à redire aux interventions génétiques justifiées par une nécessité thérapeutique ; mais les frontières entre thérapie génique et eugénisme " positif " sont floues, et il faut au contraire se montrer plus que réservé face aux manipulations qui, visant à améliorer le patrimoine génétique humain, relèvent de l’eugénisme au sens strict.
J.Habermas «L’Avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ?»



brute incursion (5/5)
La librairie. Elle est là, j’y entre. Je cherche seul mon bouquin avant de me renseigner. Le gars me dit :
- Non, vraiment. Rien.
- Tant pis, merci, au revoir.
Je suis fatigué, je veux rentrer. J’y vais.
Mon téléphone sonne, un vieux motorola. Un collègue me propose un café. J’accepte. Il me dit :
- Dans un quart d’heure devant la fnac.
J’ai mal aux jambes, je vais prendre le tram. L’arrêt est à deux pas.
Je contourne par la rue Victor Hugo. Je suis surpris par une meute qui s’agite. Putain de clébards. Des gros chiens, qui bougent, qui reniflent et qui puent. Avec des allemands ivres autour, qui puent également. Des cannettes de Kronenbourg gisent un peu partout. Elles roulent dans le caniveau. Je regarde loin devant. L’un me dit :
- Pièces pour moi !
Je lui réponds non de la tête et je passe.
J’attends le prochain tramway. Une grande affiche indique qu’une Toyota coûte 14990 euros. Une fille au pull orange me donne un journal gratuit. Je refuse. Le tram arrive, klaxonne. Des vieux descendent doucement, un groupe monte et le grand crache une glaire avant de rentrer. Je m’éloigne. Je vais m’asseoir à côté d’une jeune fille que je cherche du regard. Plus que quatre arrêts. J'observe les rails, les fils électrique. C’est vrai que c’est typique le tramway. Une personne seule donne à voix haute une explication puis joue de l’harmonica. C’est pénible. Elle passe dans les rangs avec une boîte en fer. Je tourne la tête. J’attends en observant au dehors.
C’est mon arrêt. Je descends et tombe directement sur une paire de seins. Une grande affiche indique la leçon n°51 d’Aubade. Une autre fille au pull orange me donne un journal gratuit. Je refuse à nouveau. Je regarde furtivement le gros plan avant de retourner devant la fnac. Je suis à l’heure. C’est bondé. Des groupes, des couples, des jeunes, des vieux, du coca, des pizzas, des sacs, des fringues. Dans le coin le clochard dort toujours, il y a deux pièces dans sa casquette. J’attends mon ami. Une fille m’accoste pour sauver la planète. Elle est laide. Elle me dit :
- Greenpeace. Vous connaissez ?
Je lui réponds :
- Oui, mais ça ne m’intéresse pas.
Elle part voir d’autres passants. Quel K-way pourri.
Mon camarade arrive. On va à la brasserie boire un café, Au Bureau. Je suis éreinté. J’abrège. Je file.
