mercredi 15 septembre 2010

Tamagotchi à Versailles

Tamagotchi à Versailles


La première qualité d'une telle esthétique est de se faire remarquer :
Au lieu de se fondre dans la beauté du lieu,
elle s'en montre incapable,
et se contente, en définitive,
de prouver qu'elle n'a rien à faire ici.

Benoit Duteurtre. Chemins de fer

lundi 13 septembre 2010

Dieu

Dieu

Lorsque l’on entreprend d’ausculter le monde, lorsque l’on tente de le comprendre, advient la tentation de la totalité, de la structure, de l’omniscience…La libido sciendi se transforme en désir totalisant. Se saisir d’un marqueur, remplir un tableau blanc, y dessiner une sorte de schéma du monde pour les nuls. C’est alors que l'on s’aperçoit de l’impossibilité de la tâche puis que l'on s’en remet à une transcendance, toujours. Il faut avoir l’humilité de ne pas pouvoir tout expliquer.

samedi 11 septembre 2010

calomnie

calomnie


Je ne comprends pas à quoi peut servir la calomnie ;
si l'on a envie de nuire à quelqu'un,
il suffit de dire sur lui quelque vérité.

Nietzsche.


jeudi 9 septembre 2010

Culture pub : La symphonie du yaourt.

Culture pub : La symphonie du yaourt.

Chaque fois que j’entends Prokofiev, Mozart ou autres phrases de Shakespeare suavement prononcées dans les publicités, me vient dans la seconde un sentiment de dégoût rapidement suivi d’une stérile révolte intérieure. Cette râpe à chefs-d’œuvre n’est finalement qu’un aveu de médiocrité absolue. L’aveu des auteurs de ce recyclage moisi qui n’ont de talent que celui de l’usurpation. Les enculés enferment des génies dans des boîtes de ravioli ; ils offrent Picasso pour l’achat d’un joint de culasse, roulent Van Gogh dans des tranches de jambon. Ils sont des voleurs, des plagistes de première catégorie. En toute impunité, ils triturent et mélangent la matière noble avec leurs merdes en plastique, leur chiasse industrielle. Ils osent l’amalgame pour susciter le désir, la pulsion d’achat. Et tout ça fonctionne. Ils n’ont pas peur du ridicule car le moyen ridicule leur garantit la fin : Ce con de chaland va payer. Et après tout, c’est tant pis pour sa gueule…Il s’est fait enflé, il a acheté un faux, du toc, Son yaourt allégé ne joue pas du violon.

vendredi 20 février 2009

optimiste vs pessimiste

Optimiste vs pessimiste




D’aucuns montrent du doigt le pessimiste cynique. La vie est belle ils lui disent. Ils s’agacent que le persifleur rouspète sans arrêt contre le laid, le factice, le plastique. Ils aimeraient qu’il s’attarde sur le bien qu’eux chantent comme authentique, qu’il s’enivre de l’odeur du grand soir qui arrive. Ceux là sont les optimistes. Ils luttent pour un monde meilleur, un meilleur des mondes. Ils ont ciblé le mal et lui balancent quelques fléchettes à coup de pétitions, discussions et pancartes. Ils se battent comme des courageux qu’ils ne sont pas. Leurs armes sont en carton, ils moulinent à l’infini. Les optimistes râlent contre les râleurs, ils disent qu’il y a pire. Ils croient le festif révolution à venir et avenir radieux. Ils célèbrent le Dieu moderne, le Dieu du Bien indépassable. En temps de crise ils sont inquiets de ne pouvoir atteindre ce monde idéal. Ainsi on-t-ils renoncé à comprendre l’ordre des choses, l’histoire, la filiation, peut être aussi l’humanité elle même. Il n’y en a que pour leur Bien céleste, seul horizon contre tous les archaïsmes, les maux ancestraux. Ils montent l’escalier, progressent hors l’Histoire ; Ils n’y sont plus, ils sont morts, ils sont optimistes, le vent dans le dos les poussent. Tout ça est positif, diaboliquement positif.

Alors le cynique se moque d’eux, réagit. Lui n’a plus que le rire contre le sérieux du vénérable Bien, l’inhumain. Il se moque donc, et rabat à coup de sarcasmes la joie idiote de ceux qui proclament leurs funestes idéaux. C’est cette soif de l’idéal, cet idéal de sortie du temps, cet optimiste pour l’éden ultime qui pousse le pessimiste à en être, qui le force à s’angoisser pour après demain. Ainsi pour lui, le seul optimisme envisageable, le réel, le souhaitable, serait de voir grandir le front des pessimistes, pour que l’arbre mourant reste vivant, encore un peu…



lundi 16 février 2009

les hébreux expliqués à Kadir (2/2)

les hébreux expliqués à Kadir (2/2)




Il débarqua dans la salle de réunion accoutré d’un survêtement vert floqué Algeria. Nous étions parti pour une petite heure : Les hébreux. Nous fîmes comme si nous discutions, je lui posai des questions et il y répondit en notant les mots importants.
- Bon Kadir. Alors, raconte moi un peu les débuts du peuple hébreux.
- Euh…j’sais pas.

Il était parti pour faire aucun effort, le petit con. Pendant une demie heure, je lui ré expliquai…Abraham, Canaan, Moïse sur le mont Sinaï, la création du Royaume d’Israël. Puis je le testai un peu voir si ce dernier nom propre lui évoquait quelque chose.
- Aujourd’hui, c’est une région en guerre, tu as entendu parler de ce qui se passe là-bas ?
J’avais envie de lui expliquer mon point de vue, mais ce n’était ni judicieux, ni opportun. Et après tout, en petit français, il n’était pas plus concerné qu’un autre…
- non. J’sais pas.
Il était vierge d’a priori. Tant mieux. J’avais eu des échos douteux du papa. Mais en voyant son fils une fois par mois, il avait sans doute autre chose à lui dire qu’à lui ressasser quelconques sermons ou autres discours puants. Il commençait à bien intégrer ce que je lui racontais.
- Alors les dix commandements. Est-ce que tu les connais ? Cites moi en au moins quelque uns…
- Tu voleras pas, tu tueras pas, tu choisiras pas d’autre Dieu que moi, tu piqueras pas la meuf de ton voisin…

- d’accord. Bon ce n’est pas vraiment comme ça qu’il l’a dit, mais l’idée y est. Il a dit tu ne convoiteras pas la femme…
- Ensuite les premiers rois du royaume tu les connais ?
- Jésus.
Il me dit. Je repris rapidement la genèse des grandes religions en me sentant obligé d’insister sur l’Islam. Je savais bien que ça n’était pas très républicain comme pédagogie, mais je ne pus m’en empêcher.
Je lui expliquai ensuite le combat de David
- Contre qui Kadir ?
- Gozzilhat.
Il me dit.
En me marrant, je lui expliquai qu’aujourd’hui, David contre Goliath était devenu une expression. Là encore, pas très fier de moi, je lui filai la métaphore avec un exemple sur le football, comme si les deux seules choses qu’il soit en mesure de comprendre étaient la baballe et son « islarabité ». Honte à moi.
- C’est comme si Grenoble jouait contre Manchester. Je lui dis. Grenoble se serait David
De David, il n’en avait cure, il me coupa et répliqua.
- Oui mais bon Manchester y mettrait son équipe B.
- Oui, certainement. Mais est-ce t’as compris l’expression ?

- Oui.

Il était temps de se pencher sur les rites judaïques. Comme lui, les juifs ne mangeaient pas de porc. Il fut surpris de la nouvelle et nota l’information sur son cahier de brouillon. Restait à lui expliquer la circoncision.
- Tu sais ce que ça signifie Kadir ?
- Oui, ils se coupent la bite. Me dit-il tout bas, sourire légèrement honteux.
- Non, pas exactement. Je lui expliquai très brièvement. Il savait très bien.
Nous terminâmes sur l’explication puis la description du temple de Salomon. Avec ce qu’il en restait : le mur des lamentations. Je lui commentai une photo de son bouquin.
- Aujourd’hui les juifs y mettent des papiers pour remercier et implorer Dieu. Des prières.
- Comme des vœux un peu ?

- Oui à peu près.

- Ah ben je veux y aller là-bas, je mettrai un papier pour dire que je veux être footballeur.


La voilà l’idée de génie pour la grande réconciliation ! Kadir venait de l'évoquer : Organiser un voyage scolaire à Jérusalem pour que chacun y glisse son petit vœu dans les brèches du mur. Il faudrait cependant, au préalable, obtenir quelques autorisations et prier que ni l’office du tourisme de la ville sainte, ni le papa et les tontons fadas du petit dribbleur ne voient d’objection à l’initiative…
La sonnerie retentit et Kadir s’en alla prestement foutre le bazar dans les couloirs, une de ses spécialités.



Quant à mon vœu, il ne s’était pas réalisé. 6/20. Les hébreux n’avaient pas inspiré Kadir…Pas plus qu'autre chose.

dimanche 15 février 2009

les hébreux expliqués à Kadir (1/2)

les hébreux expliqués à Kadir (1/2)




Début janvier. Il était quelque hasard du calendrier tout à fait explosible. Hasard du programme scolaire et de l’actualité. Hasard du quotidien, hasard à sourire aussi.

Voilà des mois que le petit Kadir s’appliquait à mettre l’ambiance dans la studieuse 6D. Sur l’agenda standard du voyou moyen, il avait, semblait-il, pris un peu d’avance ; En revanche, sur celui de la semaine, il éprouvait quelques difficultés à suivre la cadence. Déjà largement largué en classe, quand on lui évoquait le travail, il bottait maçons, boulangers ou pompiers dans le même filet : C’est de la merde ! Kadir voulait jouer au football. L’original ! Évidemment que dans la vie il n’aurait pas trente-six alternatives. Soit il taquinerait la balle et serait grassement payé pour ça, soit il deviendrait une petite frappe comme l’était son père avant qu’il ne se calme dans une cellule faite pour ça. Le terrain, la rue. Des deux mondes, il demeurait fasciné. Seulement voilà, au parcours sinueux et incertain du premier se dressait l’accès trop simple et séduisant du second.
Mais passons…Pour l’heure le petit avait une leçon d’histoire à apprendre pour le vendredi qui suivait et une fois n’étant coutume, il avait décidé de s’atteler à la tâche.

La veille, son référant me donna un coup de fil :
- Kadir veut réviser son cours avec toi.
Pourquoi pas ! Ma chance - ou mon mérite – était que l’ado bouillant me respectât encore, lui qui avait tenté, dès le mois d’octobre de mettre un front-kick dans la face du cuistot. Peut-être m’écouterait-il avec plus d’attention que certains experts néo-pédo-freudiens.
- Pas de problème, demain, 8h.
J’expliquerais les hébreux au bien nommé Kadir.

A priori, ça s’annonçait folklorique, explosif. Ça sentait la roquette et l’insulte. Mais, jeune encore, il restait sans doute un peu protégé des sombres orateurs - qu’ils défèquent via la famille, la rue ou l’écran - par le cadre en carton que lui imposait le foyer. Je verrais bien. S’il me crie d’entrée de jeu : les juifs c’est rien que des enculés, il faut leur niquer la gueule, j’aurais effectivement bien du mal, à lui expliquer Moïse et les tables de la loi, le grand voyage au pays de Canaan…